L Amour, du jardin d Eden aux portes de l Enfer


Suivre son intuition et oser, c’est ce que j’ai fait en proposant à Anthony d’analyser deux chansons qui me bouleversent à chaque fois que je les écoute. Tout à fait à propos pour continuer mes articles sur l’amour “Faire l’amour après soixante ans et plus” et “Faire l’amour après une séparation” – j’appréciais déjà ses analyses en chansons à voir et revoir sur son blog “S’Il Suffisait d’Aimer”, sa sensibilité et sa pertinente perception… j’étais sure que ça ferait des étincelles et je lui dis un GRAND MERCI car c’est au-delà de ce que je pensais. Je suis bouleversée lorsque j’écoute Jean Vallée, je suis très émue lorsque je lis le ressenti d’Anthony par rapport à ces textes.

Je vous souhaite à tous, amis lecteurs, de savourer autant que moi ce qui suit.

 

Un grand merci à toi, Chantal, car en m’invitant ici tu m’as offert la double opportunité

– d’analyser pour tes lecteurs une chanson d’amour

avec mon regard de Conseiller Conjugal, comme je le fais chaque semaine sur mon blog S’il suffisait d’aimer,

– de découvrir un artiste de talent, décédé en 2014 après 40 ans de carrière et qui fut notamment l’ami de Juliette Gréco et d’Adamo.

Pour l’occasion, je me suis livré à un exercice inédit (merci de me pousser hors de ma zone de confort !) celui d’analyser en miroir deux titres du même artiste, qui illustrent à merveille les deux faces opposées de la passion amoureuse.

1. Du jardin d’Eden…

L’amour, ça fait chanter la vie  (J. Vallée) © CBS, 1978

Dans ce premier titre, Jean Vallée nous expose d’abord à son côté lumière.

Tous les amoureux se sentent habités d’une sorte d’énergie créatrice, d’un souffle de vie qu’il compare ici à l’inspiration artistique :

L’amour ça vous met dans le cœur

Des crayons de couleurs

Pour dessiner le monde […]

Ça met le bonheur en musique

Ça rit de toute sa symphonie.

Les portes du meilleur de soi s’ouvrent en grand et chacun, à sa manière, se sent l’âme d’un virtuose

L’amour on devient musicien

De vrais petits Chopin.

Crédit photo : Gustave Deghilage

Les changements dont nous sommes témoins, qu’ils soient visibles de l’extérieur

L’amour ça vous met dans les yeux

Un regard fabuleux

Qui vous change un visage

ou nous bouleversent de l’intérieur

Qui vous change un chagrin

En moins d’une seconde

semblent, en l’espace d’un instant, faire voler en éclat les barrières de l’âge

L’amour en un mot comme en cent

Ça vous donne vingt ans

comme celles de la confiance en soi

L’amour ça vous donne des ailes

C’est comme si l’on nous avait révélé le code d’accès du paradis

Pour monter dans le ciel

Jusqu’au septième étage.

Le plus beau, c’est que, loin d’être réservé à une poignée d’élus,

le coup de foudre ne connaît aucune frontière

Dans tous les coins du monde

Ce qui explique sans doute le succès de cette chanson au Concours de l’Eurovision 1978

ou, plus près de nous, celui de la chanteuse franco-algérienne Kenza Farah avec son tube « Il est » (2014).

Toute médaille, aussi étincelante soit-elle, a cependant son revers.

Et l’image, à première vue un peu facile, que glisse Jean Vallée :

L’amour c’est un grand magicien

se révèle tout à fait pertinente. En effet, si l’amour nous émerveille et nous bluffe sans qu’on comprenne comment, la déception n’en est que plus grande le jour où l’on en vient à se dire que tout n’était qu’illusion.

2. …aux portes de l’enfer

Le procès  (J. Vallée) © CBS, 1978

L’idée peut alors nous traverser de vouloir traîner l’amour en justice

L’audience est ouverte […]

L’avocat va parler

Accusé levez-vous, et l’amour s’est levé

au minimum pour abus de confiance, au pire… pour meurtre

Un homme est mort d’amour

Et l’amour est coupable

L’amour est assassin.

D’où la tension palpable dans ce tribunal des sentiments

A grand coup de marteau

Ces messieurs sont debout

On va vendre une peau

On se tait de rigueur

lorsque la parole est à l’accusation

Et voilà qu’on l’accable […]

Accusez cachez-vous

Et l’amour s’est caché

et que la « victime » exige qu’il rende des compte pour

Les dégâts qu’il a faits

Dans le cœur de [sa] vie.

Crédit photo : Me2

Mais l’amour sait s’entourer des meilleurs avocats

La défense a pris place

Et les mots ont volés

Bien pesés, bien en face

Et tous les cœurs présents

Furent battus à leurs armes

afin de s’assurer une issue positive

Accusé excusé […]

Et mis en liberté

à son grand soulagement

Et l’amour fut en larmes

comme, au fond, celui de tous

Et les cœurs furent contents.

On comprend alors le profond sentiment d’injustice chez la victime

Pas d’accord votre Honneur

Ce procès fut de dupe […]

Magistrat de mes fesses […]

Juge de pacotille

qui, se croyant l’objet d’un complot

Parlons-en d’la justice

La balance est faussée

Les poids et les mesures

On les a trafiqués

D’où venaient ces jurés

Ces bonshommes débiles

Tu les as récoltés

Dans un quelconque asile.

et lassée de souffrir, finit par baisser les bras

J’en ai mal aux oreilles […]

Oh non, n’en parlons plus

J’en peux plus de pleurer

Je n’en peux plus d’amour.

Mais si l’on prend la peine d’y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’une telle mise en scène de la souffrance a souvent pour fonction de détourner l’attention de sa véritable source :

La seule vérité est cachée sous ta jupe […]

J’aimais une bergère

Plus belle qu’un soleil

Mais elle m’a quitté.

Souvenez-vous : l’amour n’est-il pas « un grand magicien » ?

En dirigeant l’agressivité de celui qui se pose en victime contre des boucs émissaires faciles (l’être aimé, les autres en général…), il le protège malgré lui d’une souffrance bien plus violente :

celle de se retrouver seul face à lui-même et à ses responsabilités.

Si la justice des Hommes, par définition faillible, peut laisser un arrière-goût d’impunité

Et l’amour court encore

Et il courra toujours

c’est simplement qu’on manque de hauteur pour constater (et admettre !) qu’en amour il n’y a ni « victimes » ni « coupables » , seulement des coeurs qui souffrent aussi fort qu’ils ont vibré et peuvent se retenir mutuellement prisonniers à moins de :

  • lâcher prise
  • assumer la responsabilité de ses émotions
  • se souvenir que l’amour n’est pas la cause de notre bonheur ou notre souffrance,

mais un projecteur conçu pour mettre en lumière nos trésors les plus précieux… comme nos blessures les plus profondes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *